Entretien avec Yusuke Shimakawa sur la transmission mère-enfant du virus de l’hépatite B (VHB)

18 novembre 2022
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Yusuke Shimakawa DR
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Yusuke Shimakawa est chercheur au sein de l'unité "épidémiologie des maladies émergentes" de l'Institut Pasteur. A l’occasion d’un point presse autour de la recherche sur les hépatites virales, il a accepté de répondre à nos questions sur la prévention de la transmission mère-enfant du VHB.

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Bonjour Dr Shimakawa, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours ?
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Après une formation en médecine interne au Japon et une année d'expérience en tant que médecin de terrain avec MSF en Thaïlande, j'ai effectué un master et un doctorat en épidémiologie à Londres. À cette époque, j'étais enthousiaste à l'idée d'étudier les maladies infectieuses tropicales telles que la rage ou le paludisme. Cependant, mon superviseur à Londres (Pr. Andy Hall) était un expert en épidémiologie de l'hépatite B et grâce à lui, j'ai eu l'opportunité d'entreprendre mon projet de doctorat en Gambie sur ce thème. De 2011 à 2014, j'ai vécu dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest et travaillé comme épidémiologiste junior pour le projet PROLIFICA (Prévention de la fibrose et du cancer du foie en Afrique). Il s’agissait alors du premier programme de dépistage et de traitement des personnes mono-infectées par l'hépatite B. Il était dirigé par le professeur Mark Thursz et la professeure Maud Lemoine de l'Imperial College au Royaume-Uni. À travers cette expérience, j'ai réalisé que l'hépatite B - pas vraiment considérée comme étant une maladie tropicale mais plutôt comme une maladie chronique qui tuait en silence - était peu étudiée en Afrique, malgré les lourdes conséquences qu’elle causait dans cette région. En effet, l'hépatite virale en Afrique faisait l'objet de peu d'attention dans l'agenda mondial de la santé. C’est pourquoi j'ai décidé de me consacrer au développement d'interventions en santé publique sur les hépatites virales fondées sur des données probantes dans les pays à ressources limitées, en particulier en Afrique subsaharienne.

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Pourquoi vacciner les enfants dès la naissance est important ? Et comment limiter la transmission du virus de la mère à l'enfant ?
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La transmission mère-enfant qui se produit par voie périnatale mais également pendant les premières années de vie de l’enfant est l’un des principaux modes de transmission de l'hépatite B en Afrique subsaharienne. La transmission mère-enfant augmente le risque de développer une infection chronique et de développer des maladies hépatiques chroniques telles que la cirrhose ou le cancer du foie. C’est pourquoi la prévention de la transmission de la mère à l'enfant est très importante. Elle peut être réalisée via la vaccination contre l'hépatite B dès que possible après la naissance (dose à la naissance) cependant, cette stratégie n'est pas parfaite. 

Grâce à un projet financé par l'ANRS | Maladies infectieuses émergentes et coordonné  par la Pr Françoise Lunel Fabiani et le Dr Jean-Pierre Adoukara dans le nord du Cameroun, nous avons récemment étudié le risque de transmission chez les enfants, nés de mères infectées ayant terminé une série de vaccination contre l'hépatite B incluant la dose à la naissance. Nous avons remarqué que lorsque l’intervalle entre la naissance et l'administration de la première dose était réduite, il y avait une nette tendance à la diminution du risque d'infection (risque d’infection de 16,7 % après 48 heures, 7,0 % après 24-47 heures et seulement 5,6 % dans les 24 heures après la naissance). Cependant, un risque substantiel subsistait (5,6 %) malgré l'administration dans les 24 heures (Shimakawa Y et al., Lancet Global Health, 2022). Ces résultats démontrent la nécessité de mettre en place des stratégies supplémentaires, telles que le dépistage de l'hépatite B chez les femmes enceintes et l'administration d'une prophylaxie antivirale orale pendant la grossesse, pour éliminer ce mode de transmission en Afrique.
 

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Selon vous, comment peut-on mieux optimiser et implémenter les outils à notre disposition contre l'hépatite B dans les pays à ressources limités ?
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Pour qu'un outil soit intégré au système de santé local, il est essentiel de mener une étude de terrain grâce à une équipe multidisciplinaire comprenant, mais sans s'y limiter, des cliniciens, des épidémiologistes, des virologues, des anthropologues et des économistes de la santé.

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Pour lutter contre l'hépatite B, nous disposons déjà d’outils qui ont fait leurs preuves et se sont avérés efficaces : vaccins, tests de diagnostic et thérapie antivirale. Cependant, pour que les personnes vivant dans des milieux à ressources limitées aient accès à ces outils, nous devons les optimiser. Par exemple, la vaccination contre l'hépatite B ne peut pas être administrée dans les 24 heures suivant la naissance pour les enfants nés à la maison. C’est pourquoi la mise en place d’un dispositif de vaccination décentralisé pourrait permettre d'atteindre ces bébés nés en dehors des établissements de santé. Par ailleurs, la prophylaxie antivirale pendant la grossesse n'est indiquée que pour les femmes présentant une forte virémie de l'hépatite B et cela nécessite un test PCR or, la PCR reste chère et peu disponible, en particulier pour les populations rurales en Afrique. C’est en partant de ce constat que  nous avons récemment développé un test rapide pour détecter un nouvel antigène de l'hépatite B appelé « hepatitis B core-related antigen » (Shimakawa Y et al., Clinical Gastroenterology & Hepatology, 2022). Cet outil ne nécessite ni électricité ni centrifugeuse ; il suffit d'une goutte de sang provenant d'une piqûre au doigt. Avec le Dr Dramane Kania, nous allons démarrer un projet financé par l'ANRS | Maladies infectieuses émergentes évaluant les performances de cet outil, utilisé dans les structures de soins primaires, au Burkina Faso et en Gambie. En effet, pour qu'un outil soit intégré au système de santé local, il est essentiel de mener une étude de terrain grâce à une équipe multidisciplinaire comprenant, mais sans s'y limiter, des cliniciens, des épidémiologistes, des virologues, des anthropologues et des économistes de la santé.

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