Hommage au Dr SOK Thim, grand chercheur et médecin cambodgien sur la tuberculose et le VIH

28 décembre 2021
Image
Sok Thim
Contenu
Texte

Le Dr SOK Thim est décédé le 7 décembre 2021, à Phnom Penh. Il a œuvré toute sa carrière pour lutter contre la tuberculose et le VIH au Cambodge, en particulier auprès des personnes les plus vulnérables. Il a su développer des partenariats de recherche ambitieux au niveau national et international, permettant l’amélioration de la prise en charge des patients atteints de tuberculose et/ou vivant avec le VIH dans le monde entier.

Texte

Après avoir survécu au génocide des Khmers rouges, SOK Thim s'est réfugié dans un camp à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge où il a intégré le programme de formation médicale de l'American Refugee Committee (ARC) en 1982, lui permettant de devenir infirmier puis assistant médical. En 1987, il a entrepris une formation complémentaire de spécialiste clinique dans le cadre du programme pionnier de lutte contre la tuberculose de l'ARC (qui a traité environ 10 000 personnes dans les camps de réfugiés). De 1988 à 1990, il a assuré le rôle de coordinateur du programme dans l’un des sites du camp et a ensuite pris la fonction de coordinateur khmer de la tuberculose auprès de l'UNBRO (United Nations Border Relief Operation) pour tous les camps de réfugiés frontaliers de 1990 à 1991. 

Après son rapatriement au Cambodge en 1992, SOK Thim a travaillé comme responsable de programme pour l'organisation caritative internationale CARE sur des programmes de crédit pour les femmes. À cette époque, le programme de lutte contre la tuberculose n'était pas opérationnel au Cambodge. En 1994, SOK Thim a alors cofondé avec Anne Goldfeld - sa collègue américaine avec qui il travaillait dans des camps de réfugiés frontaliers - l'organisation non gouvernementale de promotion de l'accès aux soins contre la tuberculose, le Cambodian Health Committee (CHC) dont il a été le directeur général de 1994 à 2000, puis de 2008 à 2014. Il a terminé ses études de médecine à l'Université internationale de Phnom Penh entre 2004 et 2008 et a obtenu son diplôme de médecin en 2008. 

Texte

Sous sa direction, le CHC a lancé les soins communautaires contre la tuberculose et a été le premier à collaborer avec le Programme alimentaire mondial des Nations Unies pour intégrer l'aide alimentaire aux soins contre la tuberculose. L’ONG a également lancé un programme de micro-financement qui a amélioré les soins et la guérison de la tuberculose. Le CHC a développé, piloté et contribué à amplifier le programme communautaire DOTS avec le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNT) du pays, qui a été salué par l'OMS pour la diminution significative de la prévalence de la tuberculose au cours de la première décennie de sa mise en œuvre. 

Lorsque le nombre de cas de sida a augmenté au Cambodge au début des années 2000, le CHC a introduit la thérapie antirétrovirale et les soins combinés contre le VIH et la tuberculose pour les adultes et les enfants dans les régions rurales du Cambodge en 2004. Le CHC a ensuite mis en place une clinique pédiatrique de traitement antirétroviral à l'hôpital soviétique khmer, qui a pris en charge 589 enfants au cours de sa première année d'existence, et a lancé le traitement de la tuberculose résistante aux médicaments en 2006, en l'étendant à l'ensemble du pays en partenariat avec le PNT. Cette initiative a démontré que les résultats positifs de l’initiation du traitement par une action communautaire étaient équivalents à ceux obtenus lors de l'initiation à l'hôpital. 

Texte

En réponse à l'augmentation du nombre de cas de sida au début des années 2000 au Cambodge, SOK Thim a été, au nom du CHC, le principal investigateur de la subvention CIPRA des NIH visant à "créer des centres cliniques et de recherche d'excellence sur la tuberculose et le VIH au Cambodge". Avec François-Xavier Blanc et Anne Goldfeld, ils ont été les trois investigateurs principaux de l'essai clinique randomisé CAMELIA, cofinancé par l'ANRS et les NIH mené en collaboration avec l'Institut Pasteur du Cambodge, le CHC, et Médecins Sans Frontières. Didier Laureillard, Olivier Marcy, et Laurence Borand ont quant à eux été les coordinateurs médicaux et cliniques de cet essai. Dans le cadre d’un partenariat entre les équipes cambodgiennes, américaines, et françaises, cet essai a montré qu'un traitement antirétroviral précoce en cas de co-infection tuberculose/VIH entraînait une réduction significative de la mortalité chez les personnes fortement immunodéprimées, ce qui a joué un rôle important dans les nouvelles recommandations de l'OMS. L'expérience unique du Dr SOK Thim sur le terrain et son implication à la fois dans la réduction de la perte de suivi des patients et dans l'adhésion au traitement ont contribué de manière significative à la solidité des résultats de CAMELIA. 

En 2008, avec le Global Health Committee (GHC), le Dr SOK Thim et le CHC ont formé l'équipe éthiopienne de lutte contre la tuberculose résistante en Éthiopie. Il a contribué au lancement du GHC programme éthiopien de lutte contre la tuberculose résistante, qui a enregistré en 2015 les meilleurs résultats en Afrique subsaharienne. 

Texte

Après avoir pris sa retraite du CHC en 2014, le Dr SOK Thim a travaillé comme consultant indépendant. Tout au long de sa carrière, il a été coauteur de nombreux manuscrits décrivant de nouvelles approches communautaires de traitement et de prévention de la tuberculose et de la tuberculose résistante, ainsi que l'imbrication de la science dans les réseaux cliniques de lutte contre la tuberculose et le VIH. Il a coécrit l'ouvrage intitulé Curing Tuberculosis : a manual for developing communities. Il a reçu le prix Thomas J. White de Partners in Health en 1996 pour avoir "travaillé avec les pauvres", a été nommé Hero of Global Health en tant que cofondateur du CHC par le magazine Time en 2005 et il a reçu la médaille d'honneur du Premier ministre cambodgien pour la reconstruction du Cambodge en 2009. 

« On se souviendra de Thim pour sa créativité, son esprit vif, sa perspicacité et pour avoir fait du droit à la santé une réalité pour tant de personnes. Son rire facile, son sens de l'humour contagieux et sa fidèle amitié nous manqueront beaucoup. Que son souvenir soit une bénédiction. »

Anne Goldfeld, François-Xavier Blanc, Didier Laureillard, Olivier Marcy, et Laurence Borand

Texte

En savoir plus :

Département de communication et d’information scientifique de l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes : information@anrs.fr