Rencontre avec Bintou Dembélé Keita sur la prise en charge des femmes vivant avec le VIH au Mali et en Afrique de l’Ouest

07 mars 2022
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Bintout Dembélé Keita
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Bintou Dembélé Keita est directrice de l’association ARCAD Santé plus au Mali. A l’occasion d’un point presse sur la question du genre dans les projets de recherche scientifique organisé en amont de la journée internationale des droits des femmes, elle est revenue sur la prise en charge des femmes vivant avec le VIH au Mali et plus largement en Afrique de l’Ouest.

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Bonjour Dr Dembélé Keita, pouvez-vous vous présenter et présenter l'association ARCAD Santé PLUS du Mali ?
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Je suis la directrice générale de l’Association pour la Résilience des Communautés pour l’accès  au Développement et à la Santé Plus (ARCAD Santé plus). C’est au sein de cette dernière que nous nous engageons pour la lutte contre le sida, qui concerne des communautés en situation de vulnérabilité - et sont de ce fait les plus exposées à cette maladie - en leur facilitant l’accès à la prévention et aux soins. Nous avons créé le premier centre communautaire d’accès à la prévention et aux soins en 1996, reconnu par l’Etat malien. Le CESAC de Bamako a la plus grosse file active avec environ 7000 patients suivis sous antirétroviraux (ARV). 

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Pourquoi l'association s'intéresse-t-elle aux questions de genre et à la prise en charge des femmes ?
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Depuis sa création, le CESAC* compte environ  60 à 65 % de femmes vivant avec le VIH parmi les patients suivis sous ARV. La question du genre s’est donc invitée dans nos activités de routine, il a fallu développer des approches spécifiques pour résoudre les multiples problématiques qui sous-tendent la prise en charge des femmes vivant avec le VIH, à savoir : la discrimination, la rupture des liens conjugaux, familiaux et l’obstruction par la belle-famille d’accès aux droits par la femme suite au décès de son conjoint.

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 *Le CESAC, Centre d’écoute de soins d’animation et de conseils est un centre de soins communautaire mis en place par ARCAD-Sida pour y réaliser des activités de dépistage et de soins pour les personnes atteintes du VIH/sida : https://www.prb.org/resources/le-centre-de-traitement-du-sida-malien-est-un-modele-en-afrique-occidentale/  

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En quoi les femmes vivant avec le VIH sont-elles plus stigmatisées que les hommes vivant avec le VIH ?
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Les femmes qui vivent en Afrique de l’Ouest sont pour la plupart soumises à des normes dictées par la société qui les affaiblissent. En effet, les rapports de domination patriarcaux sont présents à plusieurs niveaux : sur le plan social, économique et sexuel. Par exemple, le port du préservatif est décidé par le conjoint et rarement par l’épouse. En matière de dépistage, une femme a deux fois plus de chance qu’un homme d’être dépistée la première : en effet, la grossesse ou la maladie de l’enfant sont des opportunités qui peuvent faciliter la découverte du statut de la femme. Lorsque cela intervient dans un couple, la femme est accusée d’être à l’origine de la maladie et cela constitue un motif d’abandon ou de divorce. Cela peut également déclencher de multiples réactions négatives au sein de sa famille et/ou de sa belle-famille qui peuvent la fragiliser davantage.

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 Notre stratégie communautaire vise à faire en sorte que les services de santé soient proches des bénéficiaires afin de maintenir les suivis médicaux 

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Comment définir votre stratégie communautaire envers les femmes vivant avec le VIH ? Qui sont les acteurs majeurs de cette stratégie communautaire ? En quoi facilitent-ils l'application de cette dernière ?
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Notre stratégie communautaire tend à rapprocher les services de santé des bénéficiaires afin de maintenir les soins médicaux. Notre démarche communautaire consiste également à travailler en partenariat avec les associations et/ou réseaux de malades -dont les membres, paires éducatrices ou conseillères psycho-sociales - sont soutenus afin qu’ils puissent offrir différents services : information, éducation conseil, dépistage avec des tests rapides et référence vers un centre de santé en cas de séropositivité. Cette stratégie a l’avantage d’élargir l’accès aux systèmes de santé pour les populations situées dans des zones éloignées qui ne vont pas - pour des raisons économiques mais aussi de stigmatisation - spontanément vers les centres de santé. 

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Quels objectifs cette stratégie communautaire a-t-elle permis d'atteindre ?
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En 2021 nous avons réalisé des dépistages au sein de la communauté en appliquant différentes stratégies. Pour aller vers les femmes enceintes, nous avons privilégié la stratégie du « porte à porte » qui consiste à aller dans les quartiers précaires situés en périphérie, afin d’entrer en contact avec les familles pour leur proposer des services d’information et de dépistage. Pour les travailleuses du sexe, nous avons mis en place des bus médicalisés, stationnés devant les maisons closes, les paires-éducatrices réalisent également des séances de sensibilisation et de dépistage. Ainsi, en 2021 7 036 femmes enceintes ont été dépistées, dont 98 se sont révélées positives au VIH ; 9 781 travailleuses du sexe ont également été dépistées et 800 d’entre elles ont été diagnostiquées séropositives. 

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L’empowerment des femmes constitue un enjeu important pour réduire les inégalités liées au genre

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Qu'est-ce qu'il faudrait, selon vous, pour réduire les inégalités ?
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Réduire les inégalités nécessite une pleine participation des femmes à tous les niveaux, il faudrait les outiller pour qu’elles prennent le leadership, qu’elles soient au centre de l’expression de leurs besoins et de la stratégie de soins. L’empowerment des femmes constitue, en cela, un enjeu pour réduire les inégalités liées au genre.

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Contact presse

Département de communication et d’information scientifique de l’ANRS : information@anrs.fr