Immigrés : une majorité des infections VIH surviennent dans les 6 premières années de vie en France

24 juillet 2018
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Anne Gosselin
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L’enquête ANRS Parcours coordonnée par Annabel Desgrées du Loû (IRD) et portant sur le parcours de vie d’immigrés d’Afrique sub-saharienne en Ile de France avait révélé qu’entre 35 et 49% des patients vivant avec le VIH avaient été infectés après leur arrivée en France. Aujourd’hui, les résultats d’une analyse menée par Anne Gosselin (IRD) et ses collaborateurs montrent qu’une majorité de ces infections par le VIH ont lieu dans les 6 premières années après l’installation en région parisienne. Ces résultats font l’objet d’une communication orale ce mercredi 25 Juillet lors de la 22e conférence internationale sur le VIH/Sida, AIDS 2018, qui se déroule à Amsterdam du 23 au 27 juillet 2018.

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Différentes enquêtes européennes, dont l’enquête ANRS Parcours ont montré qu’entre 35 et 49% des immigrés d’Afrique sub-saharienne vivant avec le VIH s’étaient contaminés après leur migration. La poursuite des analyses sur la temporalité de ces infections survenues en France a été menée par Anne Gosselin qui s’est intéressée aux délais dans lesquels survenait l’acquisition post-migratoire de cette infection.

Les chercheurs ont analysé les informations cliniques des 277 immigrés nés en Afrique sub-saharienne, vivant en région parisienne depuis une durée médiane de 21 ans, inclus dans l’étude ANRS Parcours et s’étant infectés par le VIH en France.
Les données de l’étude ANRS Parcours évaluant la trajectoire d’installation des immigrés d’Afrique sub-saharienne en France avaient établi qu’il fallait une durée médiane de six ans pour que les immigrés africains aient obtenu un logement, une activité rémunératrice et un titre de séjour stable.
Les résultats présentés ce jour à Amsterdam à partir de la modélisation du taux de lymphocytes CD4+ au diagnostic montrent que 58% des infections acquises en France l’avaient été durant ces six premières années marquées par l’insécurité et les 42% restants des contaminations avaient eu lieu après cette période charnière.

Ces résultats montrent qu’une majorité des immigrés d’Afrique sub-saharienne qui s’infectent par le VIH en France, acquièrent leur infection dans les premières années après leur migration alors qu’ils sont encore dans une situation de grande précarité. « Il est important de mettre en place des stratégies de prévention et de dépistage ciblant les nouveaux arrivants ainsi que de raccourcir cette période de précarité, estime Anne Gosselin. Cependant, le nombre de personnes infectées par le VIH plus de six ans après leur arrivée sur le territoire français est également important, c’est pourquoi la prévention auprès de cette population de personnes installées depuis plus longtemps doit aussi être une priorité avec ses spécificités pour faire baisser l’épidémie. » conclut la chercheuse.

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L'enquête ANRS Parcours a été menée entre 2012 et 2013 dans 74 services de santé d’Ile de France. Elle a étudié les parcours de vie et l'infection par le VIH et/ou le VHB auprès d’un échantillon aléatoire de près de 2 500 immigrés d’Afrique sub-Saharienne vivant en France. Ces recherches ont été coordonnées par Annabel Desgrées du loû (CEPED, IRD-Université Paris Descartes). Cette étude a permis de mettre en avant le fait que de nombreux immigrés d’Afrique sub-Saharienne vivant en France avec le VIH avaient été infectés après leur arrivée.

Voir le communiqué de presse (Janvier 2018)    
Voir le communiqué de presse (juillet 2016)    
Ouvrage « Parcours de vie et de santé des Africains immigrés en France » paru en juillet 2017

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L'ANRS est une agence de moyens et de coordination de la recherche sur le VIH/sida et les hépatites. L’ANRS a pour objet l’animation, l’évaluation, la coordination et le financement des programmes de recherche, quel que soit le domaine scientifique concerné (recherches fondamentale, clinique, en santé publique, sur le vaccin). L’ANRS fédère en France comme à l’étranger des chercheurs de toutes disciplines. Son budget annuel, environ 50 millions d’euros, lui est attribué en majorité par le ministère en charge de la recherche ainsi que par le ministère de la santé. Depuis 2012, l’ANRS est une agence autonome de l’Inserm. Au total, plus de 500 projets de recherche et allocations sont soutenus par l’ANRS.

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Sources

When and Why? Timing and Determinants of Post-Migration HIV Acquisition among Sub-Saharan Immigrants in France
Anne Gosselin1,2, Andrainolo Ravalihasy1,2, Julie Pannetier1, France Lert1, Annabel Desgrées du Loû1,2 for the Parcours Study Group
1 CEPED (Paris Descartes University- IRD), ERL Inserm SAGESUD, Paris, France, 2 French National Institute for Sustainable Development (IRD), Marseille, France