Afrique de l'Ouest : La prévention contre le VIH chez les HSH

21 juillet 2016
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Confrontés à un risque élevé de contamination par le VIH, les hommes d’Afrique de l’Ouest ayant des relations sexuelles avec des hommes pourraient bénéficier d’une prévention renforcée incluant la prophylaxie pré-exposition (PrEP). C’est ce que suggèrent les premières données de l’étude ANRS CohMSM, menée par Christian Laurent (Institut de recherche pour le développement, unité TransVIHMI) et ses collègues, dont les résultats sont présentés lors de la 21e Conférence internationale sur le SIDA (AIDS 2016), qui se déroule du 18 au 22 juillet 2016, à Durban (Afrique du Sud). 

 

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Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) représentent une population clé de l’infection par le VIH, notamment dans les pays d’Afrique, où l’homosexualité suscite un fort rejet social. Selon Christian Laurent (Institut de recherche pour le développement, unité TransVIHMI), « la prévalence1 de l’infection par le VIH est trois fois plus élevée chez les HSH africains que dans la population générale ». 

Pour limiter les contaminations, il apparait nécessaire de mettre en place de nouvelles stratégies de prévention pour cette population à risque. Toutefois, les données concernant les HSH africains restent limitées. Les premières données de l’étude de cohorte ANRS CohMSM, menée par Christian Laurent avec ses collègues d’ARCAD-SIDA (Bamako, Mali), d’Espace Confiance (Abidjan, Côte d’Ivoire), de la Division SIDA/IST, Ministère de la Santé, de l’hygiène publique et de la prévention (Dakar, Sénégal), du Centre Muraz et de REVS+ (Bobo-Dioulasso, Burkina Faso), d’Alternatives-Cameroun (Douala, Cameroun), de Coalition Plus (Paris, France) et de l’unité SESSTIM UMR 912 (Inserm/IRD/Université Aix-Marseille, France), apportent des éléments sur l’incidence de l’infection par le VIH chez les HSH de quatre pays d’Afrique de l’Ouest : Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali et Sénégal. Les résultats de cette étude prospective sont présentés en communication orale lors de la 21e Conférence internationale sur le SIDA (AIDS 2016), qui se déroule du 18 au 22 juillet 2016 à Durban (Afrique du Sud). 

Dans cette étude, 386 HSH séronégatifs ont été recrutés. Les participants, qui avaient eu au moins une relation sexuelle avec un autre homme dans les trois mois précédant l’étude, se sont vus proposer un suivi de six mois. Ce suivi incluait un rendez-vous trimestriel, pendant lequel était effectué un dépistage du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST), accompagné de conseils de prévention et d’une mise à disposition de préservatifs. En cas d’infection par le VIH, les volontaires pouvaient bénéficier d’une prise en charge médicale adaptée incluant le traitement antirétroviral. 

Au cours de cette période de suivi, huit participants ont été infectés par le VIH, soit un taux 
d’incidence annuelle de 4,8% (4,8 individus sur 100 contaminés en un an). « En considérant l’incidence du VIH observée dans cette étude, les HSH de ces pays d’Afrique de l’Ouest se révèlent éligibles à la PrEP, en accord avec les critères de l’OMS », estiment les auteurs. Depuis 2015, l’OMS recommande, en effet, de donner accès au traitement préventif pré-exposition incluant l’antirétroviral tenofovir disoproxil fumarate, aux populations présentant une incidence annuelle d’infection de 3%. Le traitement préventif venant alors s’ajouter aux moyens de prévention plus conventionnels. 

Autre résultat marquant de l’étude: 82% des participants se sont rendus au premier rendez-vous. 69% sont revenus pour la deuxième visite, qui a clos l’étude. Pour Christian Laurent, « ces résultats confirment qu’il y a une demande de la part de ces hommes, d’avoir accès à un suivi adapté et au dépistage. C’est la preuve qu’ils sont tout à fait conscients d’être confrontés à un risque plus élevé de contamination ». 

Afin de vérifier si un programme de suivi à plus long terme serait tout autant accepté, l’étude CohMSM va se poursuivre sur une période de trois ans, sous l’égide de l’ANRS ainsi que d’Expertise France (dans le cadre de l’Initiative 5%).


Abstract 

Is pre-exposure prophylaxis needed for men who have sex with men in West Africa? HIV incidence data from a prospective multicountry cohort study (CohMSM ANRS 12280) 
Clotilde Couderc(1), Bintou Dembélé Keita(2), Camille Anoma(3), Abdoulaye Sidibé Wade(4), Abdoulaye Ouédraogo(5), Alou Coulibaly(2), Sylvain Ehouman(3), Abdou Khoudia Diop(4), Martine Somda(6), Yves Yomb(7), Emilie Henry(8), Bruno Spire(9), Christian Laurent(1). 21th International AIDS Conference, Durban, 18-22 July 2016 
1) TransVIHMI, IRD UMI 233 / Inserm U 1175 / Université de Montpellier, Montpellier, France ; 2) ARCAD-SIDA, Bamako, Mali ; 3) Espace Confiance, Abidjan, Côte d'Ivoire ; 4) Division SIDA/IST, Ministère de la santé, de l'hygiène publique et de la prévention, Dakar, Sénégal ; 5) Centre Muraz, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso ; 6) REVS+, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso ; 7) Alternatives-Cameroun, Douala, Cameroun ; 8) Coalition PLUS, Paris, France ; 9) SESSTIM UMR 912, Inserm/IRD/Université Aix-Marseille, Marseille, France.
 

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L’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites) a été créée en 1988. Elle mobilise les chercheurs du Nord et du Sud, de toutes les disciplines, et quelles que soient leurs appartenances, autour de questions scientifiques sur le VIH/sida ou sur les hépatites virales. L’ANRS finance les projets de recherche après qu’ils aient été évalués par des comités d’experts internationaux. Elle accompagne les projets de leur conception à leur réalisation et valorise leurs résultats afin qu’ils soient utiles aux populations. Son budget annuel d’environ 45 millions d’euros, lui est attribué par les ministères en charge de la Recherche et de la Santé. Depuis 2012, elle est une agence autonome de l’Inserm.