Vœux du directeur

28 janvier 2019
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Pr François Dabis
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Lors de la cérémonie des vœux organisée ce jeudi 24 janvier 2019, le directeur de l’ANRS, le Pr François Dabis a souhaité revenir sur les temps forts de 2018, donner un cap pour 2019 aux équipes mobilisées sur la recherche autour du VIH/Sida et des hépatites virales et leur transmettre sa vision pour l’Agence de demain.

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Voici ci-dessous les principaux éléments de son discours.

J’ai souhaité vous inviter en ce début d’année à Paris pour ne pas aggraver encore le bilan carbone des chercheurs français et non pas aux Etats-Unis, lors de la CROI, comme ce fut le cas pendant plusieurs années.
Je souhaitais en quelques minutes vous dresser d’abord un bilan 2018 (les équipes, structures et partenaires de l’Agence en sont en fait les principaux responsables et je vais restituer ici avant tout votre travail) et puis je vous donnerai un cap pour 2019, avec quelques éléments de réflexion de ma vision actuelle et future pour l’Agence

 

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2018 : le chantier de la réorganisation pour plus de lisibilité, de simplicité et de performance
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Durant mes premiers mois à la tête de l’Agence, je me suis fait une opinion très positive du fonctionnement de l’Agence. J’ai souhaité disposer en 2018 d’un bilan plus précis que nous avons réalisé avec le concours des services scientifiques de l’Agence et du DESP (Inserm) sous la forme d’une étude bibliométrique.

Le constat est que la recherche française est toujours dans le peloton de tête de la compétition internationale. Sur la période 2013-2017, la France est le 2ème pays européen en nombre de publications scientifiques dans le domaine du VIH/Sida et le quatrième au niveau mondial pour la part des publications figurant dans le top 1%. Pour les hépatites virales, la France bénéficie d’une excellente reconnaissance internationale puisqu’elle occupe la 1ère place mondiale du classement des pays pour les publications figurant dans les top 1% et top 10% mondiaux. Et l’ANRS finance pratiquement 90% de ces recherches menées par les équipes françaises.

Au cours de l’année 2018, j’ai aussi recueilli vos souhaits et suggestions en termes d’évolution de notre dispositif. La réorganisation de l’Agence a été un chantier mené tout au long de l’année 2018, pour plus de simplicité, de lisibilité et de performance scientifique et d’adaptation aux enjeux qui sont les nôtres. Et je peux vous dire que ces changements sont pratiquement tous réalisés à ce jour. Je veux remercier ici tous les personnels de l’Agence qui ont beaucoup travaillé pour que ces modifications se passent dans les meilleures conditions possibles et ont totalement adhéré au projet que je leur proposais. Et tout particulièrement les responsables des services scientifiques et administratifs, en commençant par mon Secrétaire Général Thibault Robert.

Sept Actions Coordonnées pour l’animation scientifique, quatre comités scientifiques sectoriels pour l’évaluation, la dimension Nord-Sud réunie dans chaque thématique, la pluridisciplinarité, la poursuite de notre partenariat étroit avec les représentants des malades et des populations les plus vulnérables ; voilà schématiquement résumée l’organisation que j’ai souhaité mettre en place au cours de l’année écoulée.

Je remercie tous ceux et celles qui ont accepté les nouvelles missions que je leur ai confiées dans cette réorganisation : présidents et présidentes de CSS, présidents et présidentes d’AC et de groupes de travail et bien sûr tous ceux et celles qu’ils ont invités à participer à leurs travaux. Vous faites tous et toutes un travail remarquable, et vous êtes déjà habitués (presque sans erreur) à la nouvelle numérotation de toutes nos instances !

Un premier bilan des deux derniers appels à projets me laisse penser que ces changements ont été compris par notre communauté qui continue à se mobiliser en proposant de nouveaux projets en nombre et en qualité. La maturation des nouveaux projets au sein des travaux des AC s’opère graduellement. L’inquiétude que certains pouvaient avoir en matière de recherche clinique et d’essais thérapeutiques a été dissipée. Des projets tout à fait innovants ont été soumis et plusieurs retenus. A l’international, un groupe de chercheurs animé par Fabrice Bonnet a par exemple réalisé une belle opération d’effet de levier avec un co-financement ANRS et EDCTP sur la tuberculose. Côté recherche fondamentale VIH, la fusion des deux CSS s’est opérée dans d’excellentes conditions.

- L’installation de notre nouveau Comité Scientifique International, le SAB longtemps présidé par Françoise Barré-Sinoussi, que je remercie vivement, a été un moment fort de l’année. Notre SAB, désormais présidé par Guido Silvestri et Fabien Zoulim, est essentiel pour une agence de recherche comme la nôtre. Je les remercie pour l’audit scientifique qu’ils nous ont produit en novembre avec des recommandations importantes sur la stratégie de l’Agence. Trois enseignements forts que j’en ai retenus et qui vont guider réflexion et actions en 2019 :

1. Notre recherche fondamentale VIH est forte mais peut et doit encore être encouragée et soutenue car une bonne partie des solutions du futur sont encore à trouver « à la paillasse »

2. En matière d’hépatites virales, le tournant doit s’opérer en faveur d’une recherche translationnelle sur l’hépatite B sans oublier le champ de l’élimination de l’hépatite C qui pose d’autres questions translationnelles elles aussi mais cette fois entre la recherche clinique et la recherche opérationnelle et de santé publique

3. Le savoir-faire de l’Agence et de ses acteurs peut être mis au service de nouvelles priorités de recherche en santé, j’y reviendrai vers la de mon propos.

Les tutelles de nos Ministères avec lesquelles j’ai souhaité avoir un dialogue le plus étroit possible ont été à mes côtés tout au long de cette année et je les en remercie, en particulier notre principal financeur, le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Le Conseil d’Orientation de l’Agence, présidé par Louis Gauthier que je remercie également m’a soutenu dans cette phase de réorganisation en m’assurant de son accord sur les préconisations du SAB. Le budget de l’Agence, maintenu au niveau demandé dans le contexte complexe que nous connaissons tous, nous permet de mener une politique scientifique ambitieuse, planifiée mais aussi capable de réagir et s’adapter aux innovations et aux priorités émergentes. J’ai déjà indiqué mon souhait de voir des effets de levier s’opérer avec des partenaires européens, industriels, associatifs ou philanthropiques pour que nos moyens propres soient investis le mieux possible.

 

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Quelques temps forts de la vie et de la structuration de l’Agence en 2018
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Les effectifs de l’ANRS sont stables, entre départs et arrivées. Le service de communication et d’information a vu la prise de fonction d’une nouvelle responsable, Séverine Ciancia avec laquelle beaucoup d’entre vous ont interagi cette année. Merci à Séverine, et à toute son équipe en commençant par Geneviève Bétouret pour avoir organisé cette soirée.

La conférence Afravih 2018 que j’ai eu le plaisir et l’honneur de présider à Bordeaux a été un temps fort de l’année pour l’Agence également. Merci à Christine Katlama d’avoir accepté de nous y associer, et nous espérons bien renouveler ce partenariat dans vos futurs évènements.

L’IDMIT, infrastructure nationale pour la biologie et la santé, dédiée aux recherches précliniques via le développement de nouveaux modèles animaux a été inaugurée sur le campus du CEA à Fontenay-aux-Roses en juin dernier et je me réjouis que nous disposions ainsi grâce entre autres au soutien d’investissement de l’ANRS d’une magnifique plateforme pour de nombreux projets translationnels.

Enfin, en termes d’Action Structurante, je voudrais rappeler que j’ai fait procéder en 2018 à une évaluation internationale indépendante des cohortes de l’ANRS et que j’ai pu ainsi reconduire l’ensemble de ces plateformes dont certaines comme HEPATHER peuvent fonctionner avec un montage financier associant l’ANRS, les Programmes d’Investissement d’Avenir via l’ANR et les industriels. Les cohortes sont une de nos richesses scientifiques pour les années à venir tant pour le VIH que pour les hépatites B et C.

Quels faits scientifiques marquants peut-on retenir de 2018 ? Je n’en citerai que quelques-uns bien sûr :

 

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Je voudrais passer maintenant aux perspectives et aux principaux évènements qui vont jalonner cette année 2019
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  • Un meilleur contrôle du VIH est-il possible chez les patients ? Les résultats de plusieurs études cliniques sont attendus en 2019 et en particulier ceux de l’essai Quatuor sur le traitement quatre jours sur sept. Deux essais de stratégies d’allègement démarreront, l’essai ALTAR en France, en Espagne et peut-être au Brésil tandis que l’essai MODERATO sera initié en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Sénégal. J’ai bon espoir par ailleurs que les essais Synacthiv et Doluvoir qui commenceront dès cette année en France et en Belgique attaquent plus directement les virus tapis dans les réservoirs profonds. Enfin, je vais proposer à tous les chercheurs engagés dans cette recherche sur les réservoirs et la rémission d’avancer de la manière la plus coordonnée et structurée possible, pour qu’en particulier les travaux des équipes regroupées sous le label RHIVIERA restent en première ligne de la compétition internationale.
  • Le contrôle de l’épidémie à VIH en France peut-il être plus rapidement atteint ? L’expérimentation de la notification aux partenaires dans l’étude NOTIVIH est un des moyens envisagés et Karen Champenois et son équipe seront à la manœuvre sur le terrain dès cette année, alors que la HAS lance une première réflexion sur le sujet suite au rendu de l’avis favorable du CNS en 2018. Bien évidemment, l’étude PREVENIR se poursuivra et j’ai eu le plaisir d’annoncer à son Conseil Scientifique la semaine dernière que je soutenais le démarrage le plus rapide possible d’un nouveau volet de recherche sur les autres infections sexuellement transmises que le VIH dans PREVENIR. Nous rentrons clairement dans une nouvelle phase de la recherche en prévention dans les populations les plus vulnérables comme les HSH, recherche qui doit contribuer à la stratégie nationale de santé sexuelle et à sa feuille de route annoncées par notre Ministre de la Santé en 2018. J’ai pu exposer toutes ces pistes et quelques autres à nos Députés au cours d’une audition par la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale le 18 décembre dernier.
  • Qu’en est-il de l’hépatite C ? Dans peu de temps le premier des articles princeps de la Cohorte HEPATHER paraîtra, montrant les bénéfices dans la vie en vraie de l’utilisation des traitements antiviraux à action directe, en commençant par la réduction marquée de la mortalité. Cette cohorte se poursuivra. J’ai demandé à ses investigateurs et aux chercheurs d’amont de mieux se positionner dans l’investigation des maladies du foie post-guérison de l’hépatite C et d’approfondir les questions autour de la carcinogénèse viro-induite. Il est certainement un peu tôt pour dire si l’organisation scientifique mobilisée autour de cette plateforme épidémiologique, clinique et de ses biobanques peut être mise à profit pour élargir ce domaine de recherche aux maladies du foie en dehors des hépatites virales. Je poursuivrai cette réflexion avec vous cette année sur cette question.

Comme je l’ai dit précédemment, j’espère que l’année 2019 verra le début d’une réelle recherche translationnelle sur le traitement de l’hépatite B, un domaine où nous avons des compétences incontestables au laboratoire, un réseau clinique de premier plan, sans oublier à nouveau la plateforme unique que représente la Cohorte HEPATHER. Il nous faut définir une stratégie, la partager avec les industriels et les convaincre de travailler avec la recherche académique. Je profite de ce moment de mon intervention pour confirmer qu’il y aura désormais un seul service à l’Agence pour accompagner la recherche fondamentale VIH et hépatites virales, sous la responsabilité de Livia Pedroza, mais qu’il n’y aura aucun nouveau changement de périmètre et d’organisation des CSS et des AC.

Je ne limiterai pas cette problématique de la recherche sur le contrôle des épidémies de VIH et virus des hépatites au seul territoire français.

De nouveaux projets fort intéressants proposés par les équipes de Montpellier et leurs partenaires au Burkina Faso, en Zambie et en Afrique du Sud continueront en 2019 à explorer de nouvelles pistes susceptibles de permettre l’élimination effective de la transmission mère-enfant notamment par l’allaitement maternel.

Les conditions de la micro-élimination de l’hépatite C seront explorées avec le Ministère de la Santé du Burkina Faso et les chercheurs du Centre Muraz, peut-être en partenariat avec la Fondation Clinton,  tandis que les chercheurs français regroupés sous la houlette d’Arnaud Fontanet à Pasteur poursuivront leurs travaux en Egypte où se déroule actuellement le plus grand programme de contrôle au monde de l’hépatite C.

Dominique Costagliola et plusieurs membres de l’AC 47 commencent à défricher les possibilités de collaboration au Kazakhstan et en Russie sur l’estimation des tendances de l’épidémie dans la seule région du monde où elle continue à progresser.

Enfin, l’ANRS continuera à soutenir le plaidoyer international pour l’élimination de l’hépatite B : Fabien Zoulim et Massimo Levrero siègent dans les instances internationales de la Coalition ICE que nous soutenons financièrement également, Nous organiserons pour la sixième fois le 13 mai 2019 à Paris un atelier international, toujours fort apprécié, sur le concept d’HBV Cure. L’IAS a quant à elle décidé d’associer les deux concepts HIV Cure et HBV Cure dans leur atelier pré-conférence qui se tiendra à Mexico le 20 juillet prochain et j’espère que plusieurs chercheurs français nous y représenteront.

Le VRI continue d’être notre vaisseau amiral dans la recherche vaccinale, un domaine ou peu de pays restent finalement dans la course. Je fais confiance à Yves Lévy et ses équipes pour que leur stratégie vaccinale préventive fondée sur les cellules dendritiques et associée à d’autres moyens immunologiques passe à une phase clinique en 2019-2020.

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Je voudrais terminer en mentionnant quelques échéances importantes en 2019 qui seront autant de points de passage où je compte sur vous
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Nos huit sites ANRS à l’international continuent d’être la vitrine de notre savoir-faire et seront maintenus avec le soutien je l’espère renouvelé du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et de ses opérateurs ainsi que d’autres partenaires. J’ai eu l’honneur de présenter notre modèle à notre Ministre Agnès Buzyn au cours de la visite de la délégation conduite par notre Premier Ministre au Vietnam du 1er au 3 novembre dernier. Je discuterai dès la semaine prochaine avec le nouveau PDG de l’Inserm, Gilles Bloch, de la relation entre notre Action Structurante à l’International et du futur Réseau International de l’Inserm.

Par une lettre du 11 décembre dernier, Agnès Buzyn a mandaté l’ANRS et le CNS pour une période de trois ans (2019-2021) pour produire l’actualisation des recommandations françaises sur le VIH, les hépatites B et C et les IST sous la forme d’un rapport unique. Je me réjouis de cette commande qui va nous amener Patrick Yéni et moi-même à relancer un large groupe d’experts très prochainement.

Ceci me permet d’aborder pour finir deux questions sur lesquelles j’ai pris récemment des initiatives :

  • Notre recherche sur la co-infection VIH et tuberculose est d’un excellent niveau mais elle ne saurait être menée sans relation avec le reste de la recherche française sur cette maladie toujours très problématique à l’échelle internationale. Yazdan Yazdanpanah et moi-même avons décidé que l’ITMO I3M et l’ANRS mettront en place dès cette année une Action Coordonnée unique pour l’animation scientifique de notre communauté de chercheurs sur la tuberculose afin que nous les aidions à mieux se structurer et être plus compétitifs à l’échelle internationale. Nous annoncerons très prochainement les noms des Présidents et Présidentes de cette nouvelle AC.
  • Le VIH et les hépatites virales B et au moins en partie l’hépatite C sont clairement des IST. Il est temps d’examiner s’il est possible d’élargir notre champ de travail à l’ensemble des IST, dans un mouvement plus général autour de l’amélioration de la santé sexuelle. Je mettrai en place très prochainement un groupe de préfiguration de quelques experts pour me conseiller en trans-disciplinaire sur ce sujet avant de discuter avec notre SAB, notre Conseil d’Orientation et nos tutelles des décisions à prendre, le tout en coordination avec l’ITMO I3M.

Voici donc un programme 2019 bien chargé mais assez enthousiasmant. Si vous avez encore un peu de temps et sans aggraver votre bilan carbone, sachez que la Fondation Mérieux et l’ANRS accueilleront à nouveau du 30 septembre au 2 octobre à Veyrier-du-Lac le Colloque des Cent-Gardes pour faire le point sur la recherche vaccinale.

Loin peut-être de la recherche mais pas sans incidence sur le contrôle futur des pandémies et sur le passage de la recherche à l’action, la conférence de reconstitution du Fonds Mondial sera organisée à Lyon le 10 octobre prochain et sera présidée par Emmanuel Macron.

Il sera alors temps de nous retrouver pour tous ceux qui le souhaitent, et je vous espère nombreux, à Paris les 25 et 26 novembre prochain, dans les locaux de l’Institut Pasteur pour un nouveau Séminaire de l’ANRS qui nous permettra de manière transversale de mesurer les progrès réalisés en commun, et de penser ensemble à nos futures recherches.

Réunion SAAB

Je réunis demain [vendredi 25 janvier 2019] à l’Agence les Présidents d’AC, de leurs groupes de travail, les Présidents de CSS ainsi que les Présidents du SAB pour affiner la stratégie que j’ai résumée ici. Mais d’ici là, nous avons une belle soirée à passer ensemble.

Je vous adresse donc à tous et à toutes mes meilleurs vœux pour 2019. Une belle année dans tous vos projets et des progrès dans l’objectif qui nous unit tous ici ce soir ainsi que tous ceux et celles qui n’ont pas pu être parmi nous : un contrôle plus rapide, durable et accessible à tous des maladies et problèmes de société au cœur des missions de l’Agence.

Très Bonne Année !!!