Travailleuse du sexe en Côte d’ivoire : une situation de santé préoccupante

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@ Valentine Becquet

Les travailleuses du sexe représentent une des populations les plus touchées par le VIH dans de nombreux pays. Elles sont très vulnérables du fait bien sûr de leur nombre important de partenaires différents mais leur précarité, la marginalisation sociale et l’illégalité de leur activité sont également des facteurs les rendant très exposées à l’épidémie. Depuis 2015, la prophylaxie pré-exposition appelée aussi PrEP est recommandée par l’OMS pour toutes les populations dites à risque. Cependant il existe peu de données sur la faisabilité de l’implémentation de l’usage préventif  des médicaments ARV dans cette population. C’est dans ce cadre que l’étude ANRS PrEP-CI coordonnée par Serge Eholié (PAC-CI) et Joseph Larmarange (CEPED/IRD) a été lancée. Son but était d’identifier les enjeux, leviers et potentiels obstacles à la mise en place d’un programme de PrEP pour les travailleuses du sexe en Côte d’Ivoire. Cette intervention n’était pas encore disponible sur place.   Les premiers résultats de cette étude seront présentés lors de la 19e édition de la conférence de l’ICASA se tenant du 4 au 9 décembre 2017 à Abidjan en Côte d’Ivoire.

Une situation préoccupante

L’étude ANRS PrEP-CI s’est présentée sous la forme de deux enquêtes qui ont été conduites entre septembre 2016 et mars 2017 dans les villes de San Pedro et d’Abidjan en Côte d’Ivoire avec la collaboration de deux ONG communautaires (Espace Confiance et Aprosam). L’enquête quantitative a été menée auprès de 1 000 travailleuses du sexe et l’enquête qualitative auprès de 60. Les résultats montrent les nombreux manques des travailleuses du sexe en santé sexuelle, qu’elles soient infectées ou non par le VIH. Ainsi, si 87% d’entre elles affirment utiliser le préservatif régulièrement, plus de la moitié avoue avoir eu au moins un rapport non protégé au cours de la dernière semaine. 43% des travailleuses du sexe interrogées avaient déjà vécu une grossesse non désirée et seules 39% utilisent une contraception. Des dépistages sont organisés sur le terrain et permettent ainsi un suivi des infections sexuellement transmissibles (IST). Ces dernières atteignent un taux très préoccupant, 65% des participantes déclarant en avoir contracté au moins une au cours des 12 derniers mois.

Les obstacles de l’implémentation de la PrEP

D’après les témoignages recueillis lors de l’enquête ANRS PrEP-CI, les travailleuses du sexe se rendent peu dans les cliniques communautaires. Elles invoquent des horaires ou localisations peu pratiques mais aussi une crainte d’être reconnue comme travailleuses du sexe. Ainsi, seules 68% d’entre elles ont reçu une consultation médicale au cours de l’année précédente. La problématique de la stigmatisation est également très importante chez les travailleuses du sexe infectées par le VIH. Il est donc primordial de ne pas séparer les consultations des travailleuses du sexe séropositives et séronégatives pour le VIH.
L’étude ANRS PrEP-CI met également en avant la grande mobilité des travailleuses du sexe en Côte d’Ivoire, ce qui constitue une difficulté pour leur proposer des soins et des suivis réguliers notamment dans le cadre d’un dispositif de PrEP.

Le projet ANRS PrEP-CI permet de mettre en avant une situation préoccupante chez les travailleuses du sexe en Côte d’Ivoire qui nécessite de développer une offre de soins globale comprenant dépistage, prévention et traitement du VIH, des méthodes de contraception, des conseils en gestion des menstruations, le dépistage et le traitement régulier des IST et de leurs complications, la prise en compte des hépatites, …  La mise en place d’un programme de PrEP comprenant un suivi régulier de ces femmes représenterait ainsi une opportunité d’améliorer leur santé sexuelle en organisant tous  ces services. Il semble important de conjuguer les cliniques communautaires existantes à un renforcement des services de cliniques mobiles à proximité des sites prostitutionnels et de ne pas séparer le suivi des travailleuses du sexe infectées par le VIH et de celles qui ne le sont pas.

Source : Les défis de l’implémentation de la PrEP : l’exemple des travailleuses du sexe en Côte d’Ivoire
Valentine Becquet (Ceped/IRD), Marcellin Nouaman (PAC-CI), Jean-Marie Masumbuko (PAC-CI), Camille Anoma (Espace Confiance), Kouamé Soh (Aprosam), Tristan Alain (Isped), Mélanie Plazy (Isped/INSERM), Christine Danel (PAC-CI), Serge Eholié (PAC-CI), Joseph Larmarange (Ceped/IRD)