3 questions à... Michaela Müller-Trutwin

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Michaela muller trutwin
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3 questions à Michaela Müller-Trutwin dans le cadre de la publication de ses travaux sur le contrôle de la réplication du VIH dans les ganglions lymphatiques par les cellules NK.

Michaela Muller Trutwin est chercheuse à l’Institut Pasteur (unité « HIV, Inflammation and Persistence »). Ces travaux ont été financés par l’ANRS, le VRI (ANR-10-LABX-77) et l’Institut Pasteur et réalisés en partie dans le centre IDMIT (ANR-11-INBS-0008).

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Sur quoi portent vos recherches ?
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Nos recherches portent sur les mécanismes qui peuvent contrôler le VIH au niveau des réservoirs viraux tissulaires. Nous avons étudié les follicules des ganglions lymphatiques, cette région représente le réservoir tissulaire le plus important du virus. Ce dernier infecte les lymphocytes T CD4+ folliculaires (cellules TFH) qui y sont présents. Lors de nos recherches, nous avons pu montrer que les cellules NK (cellules tueuses naturelles du système immunitaire inné) sont capables de migrer dans ces follicules et d’y contrôler le virus de façon très efficace. Ces découvertes ont pu être réalisées grâce au modèle du singe vert d’Afrique. Ce petit singe est un porteur asymptomatique du SIV (virus proche du VIH). Suite à l’infection SIV chez le singe vert, les cellules NK expriment très rapidement un récepteur (dit CXCR5) qui leur permet d’être attirées par les follicules. Par ailleurs les animaux commencent à produire fortement, dans cette même région, la cytokine IL-15, connue pour augmenter la survie et la fonction cytotoxique des cellules NK. Nous avons fait l’expérience d’enlever les cellules NK chez l’animal infecté ce qui a mené à une réplication massive du virus dans les ganglions. Preuve est faite que les cellules NK peuvent contrôler de manière efficace la réplication virale dans les cellules TFH.

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En quoi cela est-il nouveau ?
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Nous avons montré pour la première fois que les cellules NK peuvent non seulement migrer dans les follicules lymphatiques mais également qu’elles s’y accumulaient. C’est une nouvelle fonction des cellules NK qui est ici découverte. Ces cellules jouent un rôle essentiel dans l’immunité antivirale, mais la connaissance de leur fonction dans les organes lymphoïdes secondaires est incomplète et il a même été longtemps pensé qu’elles n’avaient pas de rôle particulier dans les ganglions lymphatiques. De plus, ces travaux suggèrent que les cellules NK se différencient au sein même des ganglions lymphatiques afin d’acquérir une forte activité suppressive lors de l’infection SIV chez le singe vert.

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Quelles perspectives ces découvertes ouvrent elles ?
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Cela ouvre de nouveaux questionnements : nous pouvons nous demander si ce phénomène présent chez le singe vert d’Afrique existe aussi chez certains individus infectés par le VIH, en particulier les patients dits post-treatment controllers (personnes infectées dont le système immunitaire contrôle le VIH après arrêt du traitement) ou dans le cadre d’autres infections virales. Le fait que les cellules NK soient présentes dans les follicules lymphatiques où elles ne sont en principe pas censées se trouver, implique qu’elles peuvent interagir avec les lymphocytes B et les cellules TFH qui y sont présents. Cette interaction peut avoir un effet positif ou négatif sur la production d’anticorps par les lymphocytes B. Ce phénomène pourrait donc avoir un impact dans le cas de la vaccination. Ainsi cette découverte pourrait par exemple aider à mieux comprendre les schémas de vaccination et participer à l’amélioration de certains protocoles. Dans le cas de la recherche sur le VIH, des scientifiques américains étudient les effets que pourrait avoir une immunothérapie à base d’IL-15 sur les lymphocytes T cytotoxiques de personnes et macaques infectées. Les résultats de nos recherches soutiennent la piste d’une immunothérapie par IL-15 mais incitent à en regarder les effets également sur les cellules NK.

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Source :
Natural killer cells migrate into and control simian immunodeficiency virus replication in lymph node follicles in African green monkeys, Nature Medicine, 16 octobre 2017 DOI : 10.1038/nm.4421
Nicolas Huot1,2, Beatrice Jacquelin1, Thalia Garcia-Tellez1, Philippe Rascle1–3, Mickaël J Ploquin1, Yoann Madec4, R Keith Reeves5, Nathalie Derreudre-Bosquet6 & Michaela Müller-Trutwin1,2
1. Unit on HIV, Inflammation and Persistence, Institut Pasteur, Paris. 2Vaccine Research Institute, Créteil. 3Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, Paris. 4Epidemiology Unit, Institut Pasteur, Paris. 5Center for Virology and Vaccine Research, Beth Israel Deaconess Medical Center, Harvard Medical School, Boston, USA. 6CEA, Université Paris Sud 11, INSERM U1184, Immunology of Viral Infections and Autoimmune Diseases (IMVA), Institut de Biologie François Jacob (IBJF), Infectious Disease Models and Innovative Therapies (IDMIT) Department, Fontenay-aux-Roses, France.


 

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