Parution de l’ouvrage «Parcours»

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ouvrage Parcours
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L’ouvrage « Parcours de vie et de santé des Africains immigrés en France » dirigé par Annabel Degrées du Loû et France Lert est paru aux éditions la Découverte en Juillet 2017. Ce livre soutenu par l’ANRS se base sur une étude menée entre 2012 et 2013 auprès de 2 500 immigrés d’Afrique subsaharienne en France : ANRS PARCOURS.

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3 questions à Annabel Desgrées du loû
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Annabel desgrées du loû

 

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Démographe, directrice de recherche et directrice adjointe du département Santé et sociétés de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), laboratoire CEPED, Paris. Elle a dirigé l’étude ANRS Parcours.

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Quelles sont les principales difficultés auxquelles sont confrontés les immigrés africains en France ?

L’étude ANRS Parcours, que nous avons menée en 2012 et 2013, nous a permis d’explorer les parcours de vie de 2500 personnes originaires d’Afrique subsaharienne et représentatives de cette population. Elle montre que les délais pour obtenir les trois éléments de base d’une vie en sécurité — un logement, un titre de séjour stable d’au moins un an et un travail rémunérateur — sont particulièrement longs : en médiane, il est de 6 ans pour les femmes et de 7 ans pour les hommes. Pour un quart d’entre eux, ce délai atteint 11 à 12 ans. Ceci s’observe quel que soit le niveau socio-culturel des personnes à leur arrivée en France. Le délai d’obtention de ces trois éléments de base s’est encore allongé ces dix dernières années, sous l’effet de la crise économique. En d’autres termes, à leur arrivée en France, les immigrés d’Afrique subsaharienne subissent un très long temps de précarité et d’instabilité sociale.

Pourquoi ces difficultés rendent cette population plus vulnérable au VIH ?

Nous avons tout d’abord constaté que, contrairement à une idée reçue, entre un tiers et la moitié des immigrés africains s’infectent par le VIH après leur arrivée en France. C’est la précarité et l’instabilité sociale qui expliquent leur vulnérabilité au VIH, en particulier l’absence de logement et de titre de séjour stable. Cela conduit en effet les personnes à devoir accepter des relations sexuelles « transactionnelles », en échange d’un hébergement par exemple. Dans ce contexte, il est difficile d’imposer de se protéger. Les violences sexuelles sont également fréquentes, en particulier à l’égard des femmes.

Quelles sont les modes d’intervention à privilégier auprès de cette population ?

Les résultats de l’étude ANRS Parcours nous ont conduits à changer de paradigme concernant les actions prioritaires à mener auprès des immigrés africains. Jusqu’à présent, celles-ci étaient surtout focalisées sur le dépistage. Celui-ci reste essentiel, mais il faut aussi renforcer sensiblement l’information et la prévention à destination de cette population. Les messages doivent être diversifiés, ne pas concerner uniquement le préservatif. Les nouveaux outils de prévention, en particulier la prophylaxie pré-exposition (PrEP), sont encore très peu connus et donc utilisés par les immigrés. Par ailleurs, il est nécessaire d’intervenir sur la précarité. Il existe beaucoup de ressources sociales en France. Mais celles-ci ne sont pas suffisamment connues par cette population. Il faut donc développer l’information sur ces ressources et mieux coordonner les structures qui les proposent.

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