VHC & usage de drogues : traiter pour enrayer l'épidémie

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Image issue d'un film réalisé par Mr Hà Quang Hiêp membre du groupe d'UDI Friendship Arm.
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Réalisée à Hai Phong, l’étude ANRS/NIDA DRIVE-IN, soutenue par l’ANRS et le National Institute on Drug Abuse (NIDA) des USA, met en évidence une réduction importante de l’incidence du VIH parmi les usagers de drogues, grâce à un vaste programme de réduction des risques et d’accès aux traitements antirétroviraux. En revanche, l’épidémie liée au virus de l’hépatite C reste très active dans cette population, malgré une large couverture des interventions de réduction des risques. Seule l’addition d’un accès large aux traitements hautement efficaces permettrait d’enrayer l’hépatite C parmi les usagers de drogues au Vietnam. Les résultats de l’étude ANRS/NIDA DRIVE-IN, sont présentés par le Pr Pham Minh Khuê (Faculté de Santé Publique, Université de médecine et de pharmacie d’Hai Phong) en communication orale le 25 juillet prochain lors de la 9ème Conférence scientifique sur le VIH (IAS 2017) organisée par l’International Aids Society et l’ANRS à Paris du 23 au 26 Juillet 2017.

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Image issue d'un film réalisé par Mr Hà Quang Hiêp membre du groupe d'UDI Friendship Arm.

 

Au Vietnam, les usagers de drogues injectables (UDI) constituent la population la plus touchée par le VIH/Sida et l’hépatite C. L’ANRS et le NIDA soutiennent dans ce pays différentes recherches afin d’accompagner les autorités nationales dans leur lutte contre ces épidémies. L’une d’elles, ANRS/NIDA DRIVE-IN, a évalué la faisabilité d’un programme interventionnel chez les UDI dans la ville de Hai Phong. Cette étude dont les résultats sont présentés ce 25 juillet en communication orale par le Pr Pham Minh Khue lors de la 9ème conférence scientifique sur le VIH (IAS 2017) organisée par l’International Aids Society et l’ANRS à Paris, a permis d’étudier la dynamique des épidémies de VHC et VIH parmi les UDI.

603 UDI ont été recrutés par le biais de groupes d’auto-support. Un test de dépistage leur a été proposé et a permis de montrer que 25 % d’entre eux étaient séropositifs pour le VIH et que 66 % l’étaient pour le VHC. Ces résultats mettent en évidence une forte prévalence des infections par le VIH et le VHC parmi les UDI, ce qui en fait une population clé concernant ces épidémies. 

Parmi ces 603 UDI, 204 ont été intégrés dans une cohorte et ont fait l’objet d’un suivi pendant un an, avec un dépistage tous les six mois pour ceux qui avaient été testés négativement pour le VIH et/ou VHC. Lors de ce suivi, les participants avaient accès au programme de réduction des risques des structures communautaires (informations sur les méthodes de réduction des risques concernant les relations sexuelles et les injections, distribution de seringues/aiguilles et préservatifs) et bénéficiaient d’une aide à l’accès au traitement de substitution par la méthadone et au traitement antirétroviral pour les participants infectés par le VIH. Parmi ces 204 UDI, à l’inclusion, 94 (46 %) étaient séronégatifs à la fois pour le VIH et le VHC, 105 (51 %) étaient séropositifs seulement par le VHC et 5 (2 %) séropositifs seulement par le VIH. Au terme de l’année de suivi, aucune contamination par le VIH n’a été observée. A l’inverse, une incidence élevée du VHC a été constatée avec 18 nouvelles infections. Une analyse multivariée indique une forte corrélation entre le nombre d’injections mensuelles et le risque d’infection. Ce sont les UDI pratiquant plus de 75 injections par mois qui ont été préférentiellement infectés par le VHC.

Pour le Dr Didier Laureillard, coordinateur du site ANRS Vietnam, « Ces résultats montrent que les efforts engagés depuis une dizaine d’années au Vietnam en faveur de la réduction des risques et de l’accès aux antirétroviraux auprès des UDI ont été payants. L’incidence du VIH a fortement baissé dans cette population. C’est un résultat très encourageant, montrant qu’il est possible d’agir efficacement chez les usagers de drogues. »

La situation est en revanche encore très préoccupante concernant l’hépatite C. Le Pr Pham Minh Khuê (Faculté de Santé Publique, Université de médecine et de pharmacie d’Hai Phong), co-investigateur de l’étude ANRS/NIDA DRIVE-IN, parle de ces résultats : « Il est aujourd’hui indispensable d’avoir une approche similaire pour le VHC à celle que nous avons engagée pour contrôler le VIH. Les programmes de réduction des risques construits pour le VIH apparaissent insuffisants pour lutter contre l’épidémie du VHC et doivent être adaptés. Mais la mesure essentielle qui pourra réduire l’incidence de l’hépatite C est un accès large aux nouveaux traitements. A l’heure actuelle, très peu de patients peuvent recevoir ces traitements. »

« Cet objectif est d’autant plus crucial, poursuit le Dr Laureillard, qu’avec ces traitements, il est possible de guérir l’hépatite C chez la quasi-totalité des patients en quelques mois. Nous pourrions ainsi enrayer rapidement l’épidémie non seulement parmi les UDI, mais également dans la population générale. »

Suite à l’étude de faisabilité ANRS/NIDA DRIVE-IN, l’étude DRIVE, soutenue par le NIDA et l’ANRS, a été lancée en septembre 2016. Elle évaluera, après quatre ans de suivi, le bénéfice de l’intervention communautaire élaborée pendant la phase ANRS/NIDA DRIVE-IN mais cette fois à l’échelle d’une population, dans toute la ville de Hai Phong. La nouvelle étude recrutera chaque année 1500 UDI.

Le professeur François Dabis, Directeur de l’ANRS, déclare « L’accès aux traitements du VHC est un enjeu non seulement pour le Vietnam, mais pour l’ensemble des pays à ressources limitées confrontés à cette épidémie. En terme de recherche, nous devons engager de nouvelles études évaluant à large échelle le traitement du VHC comme nouvel outil de prévention de cette infection. »

Source :

Low HIV incidence but high HCV incidence among people who inject drugs in Haiphong, Vietnam: Results of the ANRS 12299/NIDA P30DA011041 DRIVE-IN study
M.K. Pham1, J.P. Moles2, H. Duong Thi1, T. Nguyen Thi3, G. Hoang Thi4, T.T. Nham Thi5, V. Vu Hai6, H.O. Khuat Thi5, R. Vallo2, M.Peries2, K. Arasteh7, C. Quillet2, J. Feelemyer7, L. Michel8, T. Hammett9, N. Nagot2, D. Des Jarlais7, D. Laureillard2,10, DRIVE study group
1 Faculty of Public Health, Haiphong University of Medicine and Pharmacy, Haiphong, Vietnam, 2University of Montpellier, Inserm U1058, Etablissement Français du Sang, Montpellier, France, 3Haiphong Provincial AIDS Center, Haiphong, Vietnam, 4Haiphong University of Medicine and Pharmacy, Haiphong, Vietnam, 5Supporting Community Development Initiatives, Hanoi, Vietnam, 6Dept of Infectious and tropical diseases, Viet Tiep Hospital, Haiphong, Vietnam, 7Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York, United States, 8CESP/Inserm U1018, Pierre Nicole Centre, French Red Cross, Paris, France, 9Abt Associates, Cambridge, MA, United States, 10Infectious Diseases Department, Caremeau University Hospital, Nimes, France.